Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

L’histoire du libéralisme.

Le libéralisme n’existe en tant que famille philosophique que depuis le XVIIIème siècle.

Mais il n’est pas apparu miraculeusement le 1er janvier 1700 après deux mille ans de ténèbres.

Les briques conceptuelles qui le constituent sont pour la plupart apparues aux siècles précédents -voire aux millénaires précédents-. Elles se sont affinées peu à peu avant de devenir le centre d’intérêt de toute une famille de penseurs en Europe, aux Etats-Unis d’Amérique naissants, au siècle des Lumières.

Les briques principales du libéralisme sont :

_Des Droits naturels inaliénables de la personne : liberté, sûreté, propriété.

_Un Etat dont la finalité est de protéger ces Droits.

_Des pouvoirs séparés et la démocratie, meilleur garant -ou pire garant à l’exception de tous les autres-, que l’Etat ne viole pas les droits qu’il est justement chargé de protéger.

_L’existence d’un ordre social spontané -fruit de l’interaction entre des personnes libres- plus harmonieux, plus stable, plus prospère que les ordres construits.

_L’économie de marché, conséquence des droits naturels de la personne, et dont le bon fonctionnement est l’une des facettes de cet ordre spontané.

L’histoire du libéralisme commence donc comme toutes les histoires de la philosophie en Occident, du côté de la mer Egée, il y a 2500 ans.

"Le but du libéralisme est une constitution politique qui assure le fonctionnement sans heurts de la coopération sociale et l'intensification progressive des relations sociales mutuelles. Son objectif principal est d'éviter les conflits violents, les guerres et les révolutions qui doivent nécessairement disloquer la collaboration sociale des hommes et replonger les gens dans l'état primitif de barbarie où toutes les tribus et corps politiques se combattaient perpétuellement."

Ludwig von Mises - Action Humaine

"Le concept central du libéralisme est que, par l'application de règles universelles de juste conduite, qui protégent un domaine privé individuel reconnaissable, un ordre spontané apparaitra de lui-même dans les affaires humaines, d'une complexité plus grande qu'aucun arrangement délibéré n'en aurait pu produire, et que, par conséquent, les actions coercitives de l'Etat doivent être cantonnées à l'application de telles règles..."

Friedrich von Hayek (1899-1992) - Les principes d'un ordre social libéral

un scribe égyptien

2000 avant JC, Egypte, XII eme dynastie, Kéthi recommande à son fils de devenir scribe :

"Vois, le fabriquant de flèches. Il est très misérable lorsqu’il doit aller dans le désert chercher des pointes, Vois le blanchisseur travailler sur le rivage à proximité du crocodile. Vois, il n’y a pas de profession sans chef sauf celui de scribe. Vois, le scribe ne manque de rien, nourriture, vie, santé, dans la demeure du roi"

Des gens sont nourris à rien faire à part penser.

Les vrais ennuis vont bientôt commencer.

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L’antiquo libéralisme

600 avant JC, cernés par des barbares tout juste bons à être esclaves, les Grecs ne font rien comme tout le monde : ils réfléchissent à la politique.

Avant eux, la politique c’est simple : des dieux, un monarque qui décide de tout, un peuple qui obéi.

Après eux, tout sera plus compliqué. Ils posent deux questions qui 2500 ans plus tard, servent encore de matrice à toutes les questions politiques.

Quelle est la structure qui doit détenir le pouvoir politique ?
1) Un chef, un representant de Dieu
2) Une élite, une aristocratie
3) Une assemblée elue
Quelle que soit la structure qui détient le pouvoir politique (1,2 ou 3), quelle doit être l'étendue de son pouvoir sur chaque individu ?
a) Total. Absolu.
b) Au bon vouloir de (1,2 ou 3)
c) Limité, même si (1,2 ou 3) affirme le contraire.

Les différents philosophes grecs ont exploré toutes les réponses possibles de ces deux questions.
Certaines ne sont franchement pas politiquement correctes et mériteraient des excuses officielles du gouvernement grec actuel ainsi qu’une loi française les condamnant.
D’autres sont de précieuses pépites politiques que l’on retrouvera plus tard : la démocratie, le règne de la loi plutôt que d’un seul homme, la Cité, le Droit naturel..

L’immense mérite de ces premiers penseurs est d’avoir initié la tradition critique occidentale. C'est-à-dire d’avoir admis la possibilité de critiquer une pensée établie, d’accepter que plusieurs théories concurrentes puissent cohabiter jusqu’à ce que des arguments permettent à l’une d’entre elles de s’imposer.

Ce passage d’une société fermée –la récitation d’une pensée dogmatique transmise par les anciens- à une société ouverte -la pluralité et la concurrence entre les systèmes de pensée- est une révolution qui sera à l’origine de toutes les suivantes.

De leur côté les romains construisent petit à petit sur mille ans le droit romain (non sans blague ?) ou l’égalité devant la loi n’est pas franchement le point fort, mais qui developpe une jurisprudence si riche que mille cinq cents plus tard, on l’utilise encore.

"Il est clair que la transition de la société close à la société ouverte peut être décrite comme l’une des révolutions les plus importantes qu’ait connu l’humanité. [. . . ] Quand nous disons que la civilisation occidentale descend des Grecs, nous devons réaliser ce que cela signifie : que les Grecs ont commencé pour nous cette grande révolution qui n’en est, il semblerait, qu’à son début—le passage de la société close à la société ouverte"

Karl Popper

panthéon

Sophocle écrit une pièce autour d’une idée qui va faire du chemin.

Antigone, refuse d’obéir aux lois du roi Créon, au nom de lois immuables supérieures aux lois de ce despote. (Elle veut enterrer son frère dignement, ce que le roi Créon ne veut pas).

L’idée qu’il existe un droit naturel inaliénable qui peut être opposé aux lois d’un despote va traverser les siècles, les théologies, les polémiques, les codes juridiques, jusqu’à un très lointain descendant : une Déclaration des Droits inaliénables de l’Homme en 1789.

« Créon : Et ainsi, tu as osé violer [mes] lois ?

Antigone : C'est que Zeus ne les a point faites, ni la Justice qui siège auprès des Dieux souterrains.

Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n'es qu'un mortel.

Ce n'est point d'aujourd'hui, ni d'hier, qu'elles sont immuables; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées.

Je n'ai pas dû, par crainte des ordres d'un seul homme, mériter d'être châtiée par les Dieux »

Antigone versant une libation sur la tombe de Polynice - WH Rinehart
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