Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Le médievalo libéralisme

Au temps des châteaux forts, la vie est parfois dure. Par exemple, la population est obligée de porter des chaussures pointues tellement antisexy que plus personne n’osera les porter à nouveau avant les femmes du début du XXIéme siècle.

Certains théologiens chrétiens cogitent beaucoup. Et c’est en leur sein que se développent et s’affirment certains concepts que l’on retrouvera quelques siècles plus tard dans la théorie libérale.

Chaque personne est égale au regard de Dieu (et si on est égal au regard de Dieu, pourquoi ne le serait-on pas au regard de la loi ?). Chaque personne est responsable de son salut (et pour être responsable, il faut être libre, y compris de commettre des péchés).

Ces idées chrétiennes pré-libérales parviennent à maturité avec l’école de Salamanque, congrégation catholique du XVIème siècle.

Ces théologiens s’appuyant sur la doctrine de Thomas d’Aquin développeront une théorie élaborée du droit de la personne (y compris pour les incroyants, Indiens d’Amérique, Juifs, mauvais sujets en tout genres) : liberté de conscience, de mouvement, droit à la propriété (Le commandement ‘Tu ne voleras point’ protège la propriété donc celle-ci est voulue par Dieu) .

Ils remarquent aussi que certains phénomènes dans les sociétés humaines (les prix, le langage etc.. ) ne sont clairement pas naturels, mais qu'ils ne sont pas non plus voulus par la raison.

Chaque jour au marché, un prix différent pour les œufs apparaît. Personne en particulier n’a décidé du prix des œufs, mais indiscutablement d’un bout à l’autre de la place, les œufs ont un prix homogène accepté par tous. Ces phénomènes existent par la contribution de chacun, sans pour autant avoir été voulu par quiconque.

Comme ils sont croyants, ces théologiens réfléchissent d’abord à la possibilité de la main de Dieu, mais bon, ils ne sont pas très sûrs que Dieu s’intéresse à fixer le prix des œufs tous les matins sur tous les marchés d’Europe. Ils évoquent donc la possibilité d’un ordre spontané ou auto-organisé. Cet ordre spontané sera ensuite conceptualisé et nommé quelques siècles plus tard par les philosophes libéraux.

"La loi humaine est portée par la multitude des hommes, et la plupart d'entre eux ne sont pas parfaits en vertu. C'est pourquoi la loi humaine n'interdit pas tous les vices dont les hommes vertueux s'abstiennent, mais seulement les plus graves, dont il est possible à la majeure partie des gens de s'abstenir ; et surtout ceux qui nuisent à autrui"

Thomas d'Aquin

"La liberté est nôtre, si incontestablement nôtre qu'avec l'aide des dons de Dieu elle repose sur notre capacité d'éviter tout péché mortel et d'atteindre la vie éternelle."

Luis de Molina Théologien Ecole de Salamanque (1535-1600)

" Si un prince légitime gouverne tyranniquement, et qu’il n’existe aucun autre moyen de se préserver que l’expulsion et la déposition du roi, alors le peuple, agissant comme un tout, peut le déposer."

Francisco Suarez Théologien Ecole de Salamanque (1548- 1617)

Francesco Suarez dans un fauteuil

Francisco Suarez explique avec du latin et des concepts théologiques compliqués que les Indiens ont des droits naturels inaliénables et qu’en Europe, le peuple souverain ne fait que prêter le pouvoir politique au roi... Et que le peuple peut reprendre ce pouvoir si le roi ne fait pas l’affaire.

Révolutionnaire 250 ans avant l’heure.

Francesco Suarez avec un indien
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Le lumiero libéralisme: John Locke

En sortant de la Renaissance, les penseurs libéraux poussent partout en Europe comme les champignons après la pluie. Avant les tempêtes révolutionnaires aux USA puis en France.

Un premier beau cèpe s’appelle John Locke. Il pousse sous la pluie de Bristol puis d’Oxford. Selon lui, chaque homme dispose d’un ‘domaine propre’, qui va plus loin que sa seule intégrité physique. Il s’agit aussi bien de ses idées, de sa liberté de mouvement, que de sa conscience et de sa propriété. Ce domaine propre, comme son nom l’indique, lui appartient en propre, et il a le droit de le défendre contre les méchants souverains, ou les méchants d’une autre religion, les méchants voleurs, les méchants tueurs, les méchants en général.

Dans l’état de nature (c'est-à-dire avant l’apparition de l’Etat), c’est possible de défendre son domaine propre mais c’est tout de même compliqué. Il ne faut pas dormir la nuit, il faut avoir des armes, il faut tuer ou être tué dans d’atroces souffrances. Pour éviter tous ces embêtements qui peuvent empoisonner la vie quotidienne d’un homme préhistorique, les hommes libres acceptent de prêter leur droit à utiliser la violence physique pour le confier à un arbitre neutre : l’Etat. Il s’agit bien seulement d’un prêt. Si l’Etat décide d’utiliser la violence pour empiéter plus que de raison sur le domaine propre de chaque personne (atteinte à la conscience religieuse ou à la propriété par exemple) cette personne peut reprendre son droit à la violence physique pour se défendre.

John Locke meurt en 1704 ce qui lui permet d’appartenir au club chic des penseurs du siècle des Lumières, mais de justesse. Ces idées se retrouveront partout, à Paris ou dans une petite colonie insignifiante de l’autre côté de l’Atlantique.

"Mais on jouit d'une véritable liberté, quand on peut disposer librement, et comme on veut, de sa personne, de ses actions, de ses possessions, de tout son bien propre, suivant les lois sous lesquelles on vit, et qui font qu'on n'est point sujet à la volonté arbitraire des autres, mais qu'on peut librement suivre la sienne propre."

John Locke - Traité de gouvernement civil

"Si l'homme, dans l'état de nature, est aussi libre que j'ai dit, s'il est le seigneur absolu de sa personne et de ses possessions, égal au plus grand et sujet à personne; pourquoi se dépouille-t-il de sa liberté et de cet empire, pourquoi se soumet-il à la domination et à l'inspection de quelque autre pouvoir? Il est aisé de répondre, qu'encore que, dans l'état de nature, l'homme ait un droit, tel que nous avons posé, la jouissance de ce droit est pourtant fort incertaine et exposée sans cesse à l'invasion d'autrui. Car, tous les hommes étant Rois, tous étant égaux et la plupart peu exacts observateurs de l'équité et de la justice, la jouissance d'un bien propre, dans cet état, est mal assurée, et ne peut guère être tranquille."

John Locke - Traité de gouvernement civil

amanitte
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