Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Le Steam-Libéralisme : Les romantico-libéraux

Avant les choses étaient simples, la personne n’existait pas, elle était une sous-partie d’une famille, d’une corporation et son rôle était de s’effacer afin de suivre au mieux les usages et les conventions.

En balayant l’Ancien Régime, le libéralisme déclare que les droits et les rapports sociaux doivent désormais se régler au niveau de la sous-partie. Une créature nouvelle vient de naître : la personne, l’individu.

Et très vite, au XIXéme siècle, on comprend que la liberté acquise par la personne est un cadeau certes, mais un cadeau parfois explosif, douloureux ou laissant libre cours à la vulgarité.

En psychologie, surprise, la liberté ne rend pas forcément heureux ! La personne au contraire a du vague à l’âme devant les infinis, sa finitude, et n'a plus rien pour se raccrocher ou donner un sens à son existence sauf sa propre vision : plus de Dieu obligatoire, plus de rang. Le libéral romantique se coiffe comme Chateaubriand pour méditer devant une mer de nuages. Il écoute son propre coeur, les mouvements de son âme et tout ça le plonge parfois dans une grande mélancolie..

Et ça c’est pour ceux qui réfléchissent… parce que re surprise, en jouissant de la liberté, beaucoup de personnes ne deviennent pas forcement des esthètes aventuriers ou des rebelles philosophes. La liberté créé aussi des petits bourgeois mesquins, vindicatifs, cavalant derrière des honneurs factices ou des populos grossiers, obtus et sans curiosité.

Face à ce nouvel univers, des artistes (Victor Hugo, Chateaubriand, Constant, Madame de Stael) revendiquent et construisent une nouvelle façon de concevoir l’art littéraire. Avec le romantisme, cette liberté se manifeste par l’émancipation du « moi ». L’artiste ne doit plus s’effacer devant des conventions, le classicisme antique, mais au contraire n’admettre qu’une autorité : lui-même.

Dans le même temps, ces artistes prennent acte des conséquences de la liberté sur la population avec un mélange d’enthousiasme pour une nouvelle civilisation et la crainte d’une dictature future des masses promis par les socialistes ou d’une vulgarité généralisée pressentie dans le comportement de certains bourgeois.

La liberté individuelle vient de naître, et son apprentissage commence. Il est dur, 200 ans plus tard, il est loin d’être terminé.

" Le romantisme, tant de fois mal défini, n'est, à tout prendre, et c'est là sa définition réelle, que le libéralisme en littérature. Cette vérité est déjà comprise à peu près de tous les bons esprits, et le nombre en est grand ; et bientôt, car l'oeuvre est déjà bien avancée, le libéralisme littéraire ne sera pas moins populaire que le libéralisme politique. La liberté dans l'art, la liberté dans la société, voilà le double but auquel doivent tendre d'un même pas tous les esprits conséquents et logiques ; voilà la double bannière qui rallie, à bien peu d'intelligences près (lesquelles s'éclaireront), toute la jeunesse si forte et si patiente d'aujourd'hui …"

Victor Hugo Écrivain Romantique (1802 – 1885)

"Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.

Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux.

Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?"

Alexis de Tocqueville Écrivain Libéral (1805 – 1859)

wellington à waterloo

XIXéme siècle, les conservateurs ricanent.

"Ces Droits de l'Homme ne sont qu'un gadget pour intellectuels athées. Le peuple s'en moque, il veut un monde fictif et un sens à son existence même misérable.
Quant aux petits bourgeois qui grenouillent partout avec leurs pensées mesquines, c'est pas dégoûtant ça ? Non rien ne vaut une bonne charge héroïque, un bel uniforme et épaule contre épaule, sabre au clair, parcourir une vaste plaine sans sourciller face à la mort.
Ca a tout de même une autre gueule qu'un petit représentant de commerce en train de faire du porte à porte non ?"

Deux guerres mondiales plus tard, le petit représentant de commerce est sacrément sympathique.

De leur côté les socialistes sont un peu embêtés, les masses ne peuvent pas se tromper : c'est donc le système et la logique capitaliste qui entraînent tout le monde vers la vulgarité et l'égoïsme. Un autre monde, un homme nouveau, et hop des bons camarades cultivés, fiers et généreux. 50 ans plus tard, les autres mondes socialistes pulvériseront les limites de la vulgarité et de la mesquinerie.

Pour les libéraux, en premier lieu, le commerce et la production ne sont pas synonymes de vulgarité. Il y a une noblesse à bien faire son travail voire à y exceller sans dépendre de personne.

Ensuite la prospérité matérielle et une productivité forte permettent justement de libérer du temps pour des activités plus nobles.

Quant à la vulgarité, elle est inhérente à la liberté. Des théologiens très coincés ont compris il y a 500 ans ce que des sociologues marxisants ne veulent pas admettre. Etre libre, c'est être responsable de sa vulgarité et de sa méchanceté. Ce n'est pas la faute de la liberté économique et de sa société marchande.

Le voyageur contemplant une mer de nuages - Caspar David Friedrich

Le voyageur contemplant une mer de nuages - Caspar David Friedrich

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