Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Le capital 2

Le capital c'est donc les objets très divers (usines, bureaux, raffineries, tournevis, camions, stylos, claviers, moissonneuses batteuses, éprouvettes) utilisés pour fabriquer plus vite ou mieux les biens ou les services permettant de ne pas mourir de faim, de froid ou d'ennui.

Le capital, par définition ne nous donne pas en tant que tel une satisfaction immédiate, il est un moyen de fabriquer davantage ou de meilleures satisfactions ultérieures. Certains biens de capitaux ne permettront d'obtenir une satisfaction que dans très longtemps (un centre de recherche et développement pour un nouveau vaccin), d'autres dans moins longtemps (une nouvelle usine pour fabriquer plus vite des vaccins déjà inventés) et d'autres dans des délais assez proches (une simple modernisation d'une usine déjà existante).

Le capital a donc deux caractéristiques capitales (hé, hé hé) : sa diversité et son éloignement temporel par rapport à la production du bien final, le bien de consommation.

Ce qui permet à un entrepreneur de connaître l'éloignement temporel possible d'un nouvel investissement, c'est le niveau d 'épargne. Plus l'épargne est abondante, plus les investissements peuvent être réalisés sur du capital éloigné temporellement de la production finale. Et le thermomètre de ce niveau d'épargne, ce sont les taux d'interêts.

Imaginez le désastre qui peut se produire lorsque l'on casse ce thermomètre. Euuh en fait, si vous vivez en 2009, vous n'avez pas besoin d'imaginer...

"Dans l'économie de marché, la production est une poursuite continuelle, incessante, répartie en une immense variété de processus partiels. Des procédés de production innombrables, comportant chacun sa durée propre de production, suivent leur cours simultanément.

Ils sont complémentaires les uns des autres et, en même temps, sont en compétition entre eux, rivalisant pour obtenir les moyens relativement rares nécessaires à la production. Constamment il y a de l'accumulation de capital par l'épargne, ou du capital antérieurement accumulé entamé par un excès de consommation. La production se distribue entre de nombreuses entreprises individualisées — usines, fermes, ateliers, commerces — dont chacune sert seulement à des objectifs distincts et limités.

Les produits intermédiaires ou biens de production, les produits servant à d'autres productions, changent de mains au cours des activités ; ils passent d'un établissement à un autre jusqu'à ce que, finalement, les biens de consommation parviennent à ceux qui les consomment et en jouissent. Le processus social de la production ne s'arrête jamais. A tout instant des opérations sont en cours, certaines proches et certaines éloignées de l'achèvement de leur tâche spéciale."

Ludwig Von Mises - Action Humaine

un super méchant de dongeons et dragons

Les théories du capital sont le champ d'étude le plus prestigieux et le plus complexe de l'économie théorique.
Deux questions fondamentales traversent ce vaste champ d'étude.
Quelle est la structure du capital et de ses modes d'accumulation, d'utilisation, d'entretien ? Homogène (Ricardo, Marx, Keynes, Friedman) ou hétérogène (Ecole autrichienne) ?
C'est important parce que si le capital est homogène, n'importe quel investissement est bon, il produira les mêmes effets. Et justement n'importe quoi, c'est la spécialité de l'Etat en matière d'investissement économique.
Quelle est l'origine des revenus (les taux d'intérêts) qu'il génère ? L'exploitation (Marx), sa productivité propre (Schumpeter) ou la préférence temporelle (Ecole autrichienne) ?
C'est important parce que si l'origine des revenus du capital c'est l'exploitation, et bien il est urgent d'interdire ces revenus. Personne n'aime l'exploitation.
Ces deux questions et leurs déclinaisons sont le prétexte à de vastes empoignades dont le résultat politique -lorsque l'Ecole autrichienne ne l'emporte pas- permet de belles irruptions de chômage et des crises économiques violentes.
Bienvenue donc dans la grande demeure des théories du capital
Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! (Echo sinistre et grincement de la porte qui se referme).

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Le capital mythique

Les biens de capitaux, comme les biens de consommation, sont donc différenciés. Une moissonneuse batteuse n'est pas identique à une fonderie pour fabriquer le métal de la moissonneuse batteuse.

Ca parait évident comme ça.
Malheureusement, beaucoup de théories macroscopiques utilisent la définition comptable du capital.
C'est-à-dire en gros le prix sur le marché de ce bien de capital.
Et pouf, pouf la moissonneuse batteuse comme la fonderie deviennent équivalentes : un capital de 100 000 euros.

C'est très embêtant parce qu'en dehors du fait qu'une fonderie ne servira à rien dans un champ, même pas à faire peur aux moineaux, la fonderie est un bien de capital beaucoup plus éloigné temporellement de la production finale d'un bien de consommation qu'une moissonneuse batteuse. La fonderie se situe "avant" la moissonneuse batteuse puisque cette dernière va être moulée avec du métal venant la fonderie..

En bâtissant une théorie du capital sans tenir compte de la différenciation des biens de capitaux on perd -entre autres- une information indispensable : le position des biens de capitaux sur un axe temporel, donc la quantité d'épargne nécessaire pour tenter cet investissement.

L'utilisation de ce capital indifférencié dans les modèles macro-économiques est dénoncée avec vigueur par les économistes autrichiens qui ironisent en parlant de capital mythique.
Malheureusement, contrairement aux Dieux de l'Olympe, le capital mythique a encore beaucoup d'Oracles qui sévissent dans les ministères ou les banques centrales...

"Avec tout le respect pour les qualités intellectuelles de mon adversaire, je dois m'opposer avec véhémence à sa doctrine afin de défendre une théorie du capital solide et naturelle contre une mythologie du capital"

Ev Bohm-Bawerk - Quaterly Journal of Economics Fevrier 1907

"../ tous les problèmes qui sont communement discutés sous le titre général de 'capital' viennent du fait qu'une part de l'équipement productif est non-permanent et doit être délibérement remplacé, et qu'il n'y a aucun sens à parler de capital comme quelque chose de permanent qui existe en dehors de biens de capitaux non-permanents. Deuxièmement, une augmentation du capital signifiera toujours une extension de la dimension temporelle de cet investissement."

F Hayek - The mythology of capital 1936

"Les problèmes qui sont soulevés par toute tentative d'analyser les dynamiques de production sont principalement des problèmes connectés aux relations entre les différentes parties d'une structure de production élaborée que l'Homme a construit pour servir ses besoins. Mais toutes les différences essentielles entre ces parties sont obscucies par l'habitude de les agréger sous la définition générale de stock de capital."

F. Hayek - The pure theory of capital

les ruines antiques du mont olympe

Mont Olympe

Dans l'Olympe de beaucoup de macro-économistes, il y a le capital mythique, une substance magique, indifférenciée et homogène, servant à la production. Il se matérialise instantanément tantôt sous la forme d'une locomotive et un millionième de seconde plus tard il devient un paquebot si les consommateurs ont changé de goût. Cette substance est naturellement inusable (pas besoin de travailler pour l'entretenir) et largement autonome (les entrepreneurs sont inutiles). Que du bonheur...
Mais cette divinité s'exonère des contraintes que nous autres pauvres mortels subissons :

En cela, elle induit massivement en erreur son clergé -pardon les macro-économistes qui nous gouvernent-.
Ces derniers s'imaginent alors qu'il suffit d'imprimer des billets pour créer du capital ou que l'on peut manipuler sans conséquences les taux d'intérêts.
Malheureusement, malgré toutes les invocations du clergé, de grandes messes du G20 en prières de la banque centrale, le capital mythique ne se manifeste pas.
Pire ! Les rituels en faveur du capital mythique dérèglent le fonctionnement du capital réel… et provoquent des crises économiques mondiales.
Mais le clergé sait ce qui cloche, c'est un juste châtiment pour punir les hérétiques : il faut davantage de rituels, davantage de sacrifices, davantage de dons aux banques et davantage de foi de la part des fidèles.
Les économistes autrichiens sont un peu les laïcards de cette théocratie monétaire. Chacun a bien le droit d'avoir ses croyances, mais pourquoi imposer les siennes par la force de l'Etat ?

The quaterly journal of economics - february 1936 - the mythology of capital
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