Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Le dépôt et le prêt 2

Lorsqu'un déposant effectue un dépôt, l'argent du dépôt lui appartient donc toujours exactement comme s'il s'agissait d'argent liquide.

Si ce déposant est une entreprise, elle peut déclarer cette somme comme faisant partie de sa trésorerie.

Mais la banque (comme toutes les banques aujourd'hui), au lieu de garder ce dépôt dans ses coffres, le prête à une autre entreprise. Cette deuxième entreprise peut elle aussi disposer de cet argent comme de la trésorerie et le mettre sur un compte courant.

Une même somme d'argent se retrouve donc sur deux trésoreries en même temps et deux bilans comptables en même temps.

Si ce n'était pas une banque à l'origine d'un telle bizarrerie, mais des particuliers ou une autre entreprise, cela vaudrait aux magouilleurs responsables de cet argent dédoublé de sérieux ennuis avec la justice.

Mais bon, c'est une banque alors c'est légal.

"[Ces banques], comme toutes les banques importantes du Moyen Age, ont constamment suivi le schéma de la Grèce antique ou de Rome : les banques respectaient initialement les principes légaux traditionnels trouvés dans le corpus juris civilis : elles opéraient avec 100% de réserve ce qui garantissait la bonne conservation [du dépôt] et sa constante disponibilité pour le déposant. Puis graduellement, à cause de la cupidité des banquiers et de la complicité des chefs d'Etat, ces principes ont été violés et le banquiers ont commencé à prêter de l'argent des dépôts, souvent de fait aux [Etats]."

Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

"…/… le fait que la réserve fractionnaire n'a pas été capable de survivre sans une banque centrale créée par le gouvernement, qui, en imposant son monopole sur la monnaie, en rendant obligatoire son acceptation [comme moyen de paiement] pouvait créer ex-nihilo les liquidités nécessaires pour répondre aux urgences. Seule une institution en conformité avec les principes généraux de l'économie livre peut survivre sans des privilèges et des aides de l'Etat .../... "

Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

portrait de Callistus

Du côté des Chrétiens antiques, cela commence très fort.

En 200 après JC, un esclave de Carpophorus a une idée géniale. Il fait partie d'une secte en pleine expansion et entre membres de sectes en pleine expansion, on se fait confiance. Il propose donc à ses frères de garder en sécurité leur monnaie chez lui.

Ca marche du tonnerre. Mais Callistus utilise ces dépôts ainsi confié comme son argent de poche.

Il finit naturellement par être incapable de rendre à la demande les dépôts qu'on lui a confiés. L'affaire s'ébruite et la justice romaine sévit.

Il se retrouve donc aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne malgré le pardon de ses frères chrétiens (la secte est en pleine expansion donc incite ses fidèles à des comportements excentriques : le pardon et l'amour).

Gracié par Marcia -elle-même chrétienne- mais surtout concubine de l'empereur Commodus, il se réinsère sans difficulté. Après quelques années, il devient ainsi le 17 ème pape de l'Eglise Romaine : Callistus I, (217-222 ap JC).

Cette carrière surprenante se terminera en apogée chrétienne. Il meurt en martyr jeté dans un puit par une foule de païens.

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La réserve fractionnaire

Le système dans lequel la banque ne garde dans ses coffres qu'une fraction de l'argent des dépôts (parce qu'elle a prêté le reste) s'appelle une réserve fractionnaire. Un autre nom pour fraude.

Cela signifie qu'elle a calculé que tous ses déposants ne réclamant pas leur monnaie au même moment, elle pouvait faire usage d'une partie des dépôts pour son propre intérêt sans risquer de se faire prendre.

Avec une fraction de l'ensemble des dépôts, elle peut faire face à une demande normale de déposants réclamant leurs dépôts.
Tout est dans le normalement.
Parce que dès que l'on sort un petit peu de la situation "normale", la réserve fractionnaire est si faible qu'immédiatement la banque se retrouve en banqueroute.

Ces banqueroutes étaient fréquentes au cours du XIXème siècle et au début du XX ème. Les images d'une foule paniquée réclamant son argent au guichet des banques sont une image d'Epinal de cette glorieuse période.

Aujourd'hui, les faillites sont rares, non grâce à la vertu des banques et encore moins grâce à une réglementation omniprésente, mais grâce à la caution sans limite des contribuables. Les banques centrales ou les Etats soutiennent en effet sans limite les banques privées en cas de défaillance potentielle.

Bénéfices privés, pertes publiques : c'est la solution trouvée par les banques et les étatistes pour garantir la stabilité du système. Dire que cette solution ne correspond pas à l'intêret général est un euphémisme.

"Ainsi il n'est pas surprenant que beaucoup d'efforts ont été faits pour justifier ce qui apparaît comme complètement injustifiable : qu'il est légitime, d'un point de vue des principes légaux, de s'approprier des fonds déposés pour être gardés en sécurité et émettre davantage de billets reçus que l'on possède de monnaie effectivement déposée. Malgré tout, les parties intéressées (les banquiers et les gouvernements) ont estimé si important de trouver une justification théorique plutôt que de simplement déclarer légal une pratique criminelle et frauduleuse .../... qu'aujourd'hui encore beaucoup de juristes cherchent à trouver une respectabilité légale sur cette procédure commune."

Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

"L'émission de pseudo-reçus, comme la contrefaçon de pièces, est un exemple d'inflation, laquelle sera plus étudiée ci-dessous. L'inflation peut être définie comme toute augmentation de l'offre de monnaie qui ne se compose pas d'une hausse dans le stock de métal monétaire. Les banques à réserve fractionnaire sont, par conséquent, fondamentalement des institutions inflationnistes."

Murray Rothbard - La monnaie et le gouvernement

portrait de John Law de Lauriston

John Law of Lauriston (1671-1729) est le papa de la monnaie fiduciaire.

Et pour bien fêter la naissance de cet enfant prodigue, il est aussi au cœur de l'une des plus belles bulles de l'histoire économique.

Ce n'est pas un hasard.

John Law commence par dilapider l'héritage familial dans les jeux, puis condamné à la peine de mort pour avoir tué en duel (en trichant) un mari trompé, il corrompt ses geôliers et s'enfuit sur le continent. Il erre pendant quelques années en Europe dans les salles de jeux où il brille de mille feux au point de devenir persona non grata à Venise et Gènes.

Avec un tel CV, il avait le profil pour s'occuper de la politique monétaire du Royaume de France et donner en très peu de temps un cas d'école sur les méfaits de la monnaie fiduciaire et de l'inflation monétaire.

Il convainc donc le prince régent Philippe d'Orléans d'un plan miraculeux pour s'enrichir à partir de rien. Ca plait beaucoup au Prince qui autorise John Law a créer sa banque.

La banque se dépêche d'imprimer une énorme quantité de billets créant une bulle artificielle. En 1718 la banque est nationalisée et devient la banque Royale... Pas pour devenir plus sage, mais pour encourager davantage la spéculation, en particulier celle pour la compagnie de la Lousiane ou d'Occident.

Cela se termine en 1720 par une immense crise. Une panique colossale et la ruine des clients de la banque royale.

Cette petite experience entraînera longtemps une méfiance du peuple français vis-à-vis de la monnaie-papier. D'autant qu'une piqûre de rappel viendra avec les assignats au moment de la Révolution.

Le paysan français voulait des pièces d'or sous un matelas, pas de la monnaie de singe émise par des filous bien peignés de la ville. Ahh cette sagesse rurale dont nous avons malheureusement perdu la mémoire.

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