Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

L'inflation

La monnaie est une marchandise particulière, l'augmentation de son stock total ne créé aucune richesse supplémentaire.

Si durant une nuit, une ange généreux mais pas très bon en économie doublait la quantité de monnaie de tous les hommes, en se réveillant le matin, les hommes ne seraient pas devenus deux fois plus riches.

Ils auraient certes deux fois plus de monnaie, mais la quantité de biens à acheter serait, elle, restée identique.

Avec davantage de monnaie pour une quantité de biens identiques, aucune nouvelle richesse n'est créée. Simplement chaque unité de monnaie a désormais un pouvoir d'achat plus faible.

Augmenter le stock de monnaie disponible, cela s'appelle l'inflation.
Et l'une des conséquences de l'inflation, c'est une hausse des prix généralisée.

Et c'est rarement les anges qui augmentent le stock de monnaie, mais plutôt des voleurs, des rois, des gouvernements ou des banquiers.

Une monnaie dont le stock n'augmente qu'à la marge -par exemple par l'extraction de nouveau minerai précieux- est une monnaie saine. L'or et l'argent répondent à cette définition (sauf lorsque l'on découvre un nouveau continent ce qui se produit rarement).

A contrario une monnaie dont le stock augmente au gré des malversations ou selon le bon vouloir des faux-monnayeurs, des rois, des gouvernements ou des banquiers est une monnaie malsaine.

"L'histoire de la politique monétaire étatique est [une suite] incessante de fraude et mensonge. En fait, les Etats se sont montrés beaucoup plus immoraux que n'importe quelle agence privée fournissant de la monnaie n'aurait jamais pu l'être."

Friedrich Hayek- The Fatal conceit.

"Ceci marque le début de ce qui est maintenant une symbiose traditionnelle entre les Etats et les banques…/.. Les Etats et les banquiers ont très vite réalisé qu'en sacrifiant le principe traditionnel du dépôt, ils pourraient se lancer dans des activités très lucratives, même si un prêteur en dernier ressort -une banque centrale- était obligatoire pour fournir les liquidités nécessaires en temps de difficultés../.. Malgré tout les conséquences sociales néfastes de ce privilège accordé exclusivement aux banquiers n'ont été clairement comprises que lorsque la théorie de la monnaie et du capital eurent fait des progrès suffisants et furent capables d'expliquer l'émergence de cycles économiques récurrents."

Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

une statuette inca en or

XIVème siècle, les conquistadores ne reviennent pas du nouveau monde les mains vides : l'or et l'argent inondent l'Espagne puis le reste de l'Europe.

Et des esprits curieux constatent à partir du milieu du XVI ème siècle une hausse de prix importante, particulièrement en Espagne où le prix des biens doublent en 50 ans.

Martin de Azpilcueta Navarrus (1491-1586), ancien disciple de Vitoria de l'Ecole de Salamanque (he oui, encore), grand érudit de son temps et spécialiste du droit canon, est nommé par l'Empereur Charles V recteur de l'université de Coimbra. Il n'y perdra pas son temps.

En 1556, dans un appendice d'un manuel de théologie morale, il pose les fondations de la première théorie monétaire -que l'on nommera plus tard théorie quantitative de la monnaie-.

Azpilcueta commence par fermement s'opposer aux théories du juste prix. La monnaie n'est pas une mesure objective de la valeur des objets. Il faut donc chercher ailleurs les variations générales de prix. Le dominicain cherche et trouve : les variations de prix s'expliquent par la quantité de monnaie disponible face à la demande de monnaie. Le pouvoir d'achat de la monnaie est inversement proportionnel à la quantité de monnaie en circulation.

Et ceci explique pourquoi ".. nous voyons par expérience qu'en France, où la monnaie est plus rare qu'en Espagne, le pain, le vin, les vêtements et le travail coûtent beaucoup moins. Et même en Espagne, dans les temps où la monnaie était plus rare, les biens et le travail valaient beaucoup moins cher qu'après la découverte des Indes qui a inondé le pays d'or et d'argent. La raison est que l'argent vaut davantage dans les lieux et au moment où il est rare que dans les lieux et au moment où il est abondant."

Cette explication est une révolution dans la pensée monétaire. Tellement révolutionnaire que 12 ans plus tard, Jean Bodin, penseur français la reformulera dans sa lettre "Réponses aux paradoxes de M. Malesdroit."
L'histoire, injuste, ne se souviendra que du nom de Jean Bodin mais pas de celui de Azpilcueta (faut dire que Bodin c'est plus facile à écrire).

Toujours est il que la théorie quantitative de la monnaie, sans être parfaite, est une avancée considérable pour expliquer la conséquence principale de l'inflation monétaire : la hausse générale des prix.

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La théorie quantitative

La théorie quantitative de la monnaie est donc une étape importante dans la pensée monétaire.

Elle décrit quelque chose d'exact : une augmentation de l'offre de monnaie entraîne une hausse généralisée des prix.

Mais elle sous-tend aussi quelque chose d'inexact : cette hausse généralisée serait uniforme. Les prix augmenteraient tous certes, mais cette augmentation générale serait neutre sur l'économie réelle. Simplement tous les montants auraient changé.

Et ça c'est faux.
C'est faux parce que l'augmentation de monnaie ne se fait pas de manière uniforme dans toute la société.

L'augmentation de monnaie a lieu dans des endroits bien précis : l'Etat, les rois ou les Banques en général.
Et ce sont les personnes les plus proches de ces sources de nouvelle (fausse) monnaie qui profitent d'abord de cette augmentation.

Lorsque la nouvelle monnaie apparaît dans un endroit précis, les prix dans le reste de la société n’ont pas encore augmenté puisque la nouvelle monnaie vient d'apparaître.

Ceux qui bénéficient les premiers de la nouvelle monnaie ont donc une augmentation de leur pouvoir d'achat au détriment de ceux qui sont éloignés de la source.

Ce 'petit' détail a été formulé pour la première fois par Richard Cantillon en 1730.
Malheureusement, la théorie quantitative de la monnaie continuera son petit bonhomme de chemin comme si de rien n'était, pendant plus de 200 ans, rencontrant au passage les mathématiques pour se synthétiser dans une fameuse formule PV = MQ.
Ca empirera plutôt son cas. Cette formule ne s'appliquant qu'à des données agrégées tout en étant parfaitement réversible (plus aucun lien de causalité, les maths ça marche dans tous les sens).

"En analysant l'équation des échanges, l'on suppose que l'un de ses éléments — masse monétaire, volume des échanges, vitesse de circulation — change ; mais on ne se demande pas comment de tels changements se produisent. L'on méconnaît que des changements dans ces grandeurs se produisent, non pas dans l'économie nationale comme telle, mais dans les situations des acteurs individuels, et que c'est le jeu mutuel des réactions de ces acteurs qui se traduit par des modifications de la structure des prix.

Les économistes mathématiciens refusent de partir des demandes et offres des individus en signes monétaires. Ils introduisent au contraire une notion étrangère au réel, la vitesse de circulation, calquée sur les schémas de la mécanique."

Ludwig Von Mises - Action Humaine

"La grande erreur des théoriciens quantitatifs, des classiques britanniques à Milton Friedman, est de postuler que la monnaie n'est qu'un voile et qu'une augmentation de la quantité de monnaie a seulement une influence sur le niveau des prix, ou sur le pouvoir d'achat de chaque unité de monnaie.

Par contre, une des contributions notables des économistes de l'Ecole Autrichienne et de leur prédécesseurs, comme le franco-Irlandais Richard Cantillon, est qu'en plus de cet effet quantitatif, une augmentation de l'offre de monnaie change aussi la distribution de revenus et de richesse."

Murray Rothbard - The case against the fed

Diogène-John William Waterhouse

-700 av JC, Papa Ikèsios, Banquier de Synope est fier de son fiston Diogène. Il suit les glorieuse trace de son père : Il est inspecteur de la monnaie.
Malheureusement, Diogène est assez mal conseillé. Un oracle à Delphes lui souffle une idée originale et qui marche à tous les coups : diluer la monnaie en fabriquant des fausses pièces.

Diogène s'exécute et se fait prendre. Et comme en ce temps là on sait comment traiter les faux monnayeurs, les citoyens l'expulsent manu militari de la bonne cité de Sinope.

Diogène deviendra une disciple de Antinetheme, et fera la joie des classes de Lycée 2700 ans plus tard. Il parlera de la masturbation en termes élogieux (gros succès chez les adolescents) et sera particulièrement insolent avec l'homme le plus puissant de tous les temps. (gros succès chez les adolescents.) Il dira en effet 'ôte-toi de mon soleil' à Alexandre le grand alors que celui-ci, respectueux, lui demandait ce qu'il pouvait faire pour lui.

Ces histoires étant véridiques à au moins 25%, on peut surtout regretter que les civilisations suivantes n'ont pas pris exemple sur la sage cité de Sinope:
mettre dehors les faux monnayeurs qu'ils soient légaux ou illégaux. Si nous avions suivi cet exemple judicieux, il y aurait quelques places libres dans nos ministères, banques centrales ou universités tandis que le Groenland serait aujourd'hui peuplé de vieux messieurs sérieux en train d'embêter les pingouins avec des théories bancales.

Un peu triste pour les pingouins, mais le reste du monde serait plus juste, plus stable et plus prospère.

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