Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

L'information

Sur le podium des défaillances officielles du marché, la deuxième marche est occupée par l'information, ou plutôt l'asymétrie d'information.

Selon le modèle néoclassique, pour que l'échange entre deux personnes libres soit bénéfique, encore faut-il que celles-ci soient parfaitement informées sur ce qu'elles échangent.

Or ce n'est pas toujours le cas.

Un vendeur d'une voiture d'occasion sait si la voiture qu'il vous vend a été utilisée par un octogénaire soigneux ou par un petit con frimeur de 18 ans. Vous non.

Vous savez si le travail urgent que vous a demandé votre chef va vous prendre 8 heures de travail intense ou 4 heures de travail tranquille et 4 heures de pause café. Votre chef, non.

Votre agence de voyage sait avant votre départ s’il y a un dépotoir juste à côté de l'hôtel de rêve près de Dubrovnik. Vous non.

Cette asymétrie d'information peut donc provoquer des échanges qui n'auraient pas du avoir lieu au détriment d'autres échanges satisfaisants pour les deux parties.

Et comme les échanges libres sont au cœur de la théorie libérale, si ces derniers ne sont pas efficaces, le libéralisme économique va s'effondrer inéluctablement au moment de même de son envol, au début du 19 eme siècle.

2008, et toujours rien.. Caramba, les personnes libres auraient inventé des stratégies pour pallier à l'asymétrie d'information sans demander l'autorisation des économistes néoclassiques ?

"Un caractère particulier du problème de l'ordre économique rationnel est précisément lié au fait que la connaissance de l'environnement dont nous pourrions avoir besoin n'existe jamais sous une forme concentrée ou agrégée, mais uniquement sous la forme d'éléments dispersés d'une connaissance incomplète et fréquemment contradictoire que tous les individus séparés possèdent en partie.

.../....
Il s'agit au contraire d'obtenir la meilleure utilisation possible de ressources que connaît n'importe lequel des membres de la société, à des fins dont l'importance relative est connue de ces individus et d'eux seuls. Ou, pour résumer ceci, il s'agit d'un problème d'utilisation de la connaissance, laquelle n'est donnée à personne dans sa totalité. "

F. Hayek - "L'utilisation de l'information dans la société"

affiche du film matrix

Comme Matrix, une partie de la recherche en économie théorique porte actuellement sur l'information.

En 1937 Hayek publie "Economie et Connaissance" où il explique que la dispersion de la connaissance dans le corps social empêche toute planification de l'économie.

La même année, R Coase avec "The Nature of the Firm" explique que la dispersion de l'information augmente les coûts de transaction à un niveau rendant inéductable au sein même de l'économie de marché l'apparition d'organisations rigides et planificatrices (les firmes).

C'est le point de départ d'une imposante littérature universitaire.

Comme dans Matrix, on ne comprend pas toujours qui est qui, et ce qu'il fait.
Les néoclassiques s'éloignent de leur modèle de base (information parfaite, rationalité parfaite) avec des morceaux piqués aux néoinstitutionnalistes (rationalité limité, coûts de transaction, institutions formelles prépondérantes dans la diminution des coûts), morceaux recouvrant une partie des concepts de l'école autrichienne (individu plutôt qu'agrégat, subjectivité rationnelle, institutions évoluant sans être planifiées) qui elle-même partage des conclusions avec l'école de Chicago (Etat incapable d'aider à diffuser l'information) alors que cette dernière est assez proche sur le plan méthodologique des néo-keynésiens (formalisme mathématique, agrégats).

Comme dans Matrix, ça canarde avec enthousiasme sans aucune considération sur la quantité de munitions tirées, ni la précision des tirs.
Les articles universitaires sur l'information, les transactions optimales et les institutions ont depuis un demi-siècle largement contribué à détruire nos belles forêts. Les publications sont tirées avec frénésie dans une fumée devenant de plus en plus épaisse. Qu'est-ce que c'est qu'une information ? un coût de transaction ? la connaissance par rapport à l'information ? la rationalité limitée ? subjective ?

Comme dans Matrix, ça touche rarement les tireurs, mais ça massacre le décor qui a la malchance de se trouver dans les lignes de tir.
Mais contrairement à Matrix, chez les économistes, le décor n'est pas virtuel. C'est l'économie réelle. Ces belles batailles rangées provoquent souvent des dégâts par l'intermédiaire des politiques économiques implémentées.

Néo en plein combat acrobatique

Hayek argumentant contre les Neo-Keynesiens. (Allégorie - Début du XXI éme siécle)

Tweet
La valeur de la connaissance

En fait, pour l'école autrichienne (et d'autres..) la problématique de l'information parfaite a été mal posé par les néoclassiques.

Simplement parce que l'information a en elle-même une valeur, un coût pour être découverte, éventuellement un prix lorsqu'elle peut être échangée et nécessite des connaissances propres à chaque personne pour être exploitée correctement.

Comme pour la concurrence, l'information n'est donc pas une sorte de dallage préexistant pour qu'un marché 'parfait' puisse fonctionner. Dallage que l'Etat serait chargé de fabriquer ou de corriger en cas d'imperfections.

La découverte, l'acquisition, l'utilisation, la circulation de l'information est un processus à part entière dans un échange libre.
Et de surcroît, l'information n'est rien sans la connaissance, c'est-à-dire la capacité de chaque personne à percevoir l'information et à l'analyser.

Cette vision de l'information au sein du marché a ouvert un vaste champ d'étude en économie théorique.

La théorie du principal/agent s'est intéressée au coût supplementaire induit par l'asymétrie de l'information sur chaque échange (recherche sur la fiabilité du vendeur, temps passé à contractualiser pour parer aux conflits potentiels futurs). C'est le coût de transaction.

L'école autrichienne s'est intéressée au rôle moteur de ceux qui découvrent de nouvelles informations pour produire ou échanger : les entrepreneurs.

"Le marché, en d'autres termes, n'est pas seulement un processus où l'on recherche une information dont on sait déjà qu'on en aura besoin ; c'est une procédure de découverte qui tend à corriger l'ignorance là où l'inventeur lui-même n'avait aucune idée qu'il était ignorant.

Comprendre que le marché crée l'information — le genre d'information dont les gens ne savent pas maintenant qu'ils auront à s'en servir demain — devrait inspirer un sentiment certain d'humilité aux candidats à l'ingénierie sociale qui cherchent à remplacer ou à modifier les résultats du marché libre.

Pour annoncer qu'on est capable de surenchérir sur l'efficacité du marché, il faudrait aussi pouvoir prétendre qu'on sait déjà aujourd'hui ce que le marché fera apparaître demain. Cette prétention de savoir est, à l'évidence, universellement vaine. En fait, là où l'on a empêché le marché de fonctionner, en général il ne sera pas possible de désigner avec certitude ce qu'on aurait pu découvrir et qu'on a perdu à jamais."

Kizner - La régulation

affiche James Bond Rien que pour vos yeux

James Bond est bien placé pour le savoir : acquérir de l'information à un coût, découvrir cette information nécessite des connaissances parfois difficilement formulables.

Faut-il vraiment se lancer dans le vide pour planer jusqu'à l'avion en feu afin de récupérer le code secret nucléaire ?

Faut-il vraiment faire l'amour avec la superbe méchante au corps de rêve pour obtenir la date et l'heure du trafic de poison radioactif ?

Faut-il vraiment casser une Aston Martin pour rattraper le sbire connaissant la localisation du repaire du diabolique Dr SuperMéchant ?

Pour James Bond, ces informations ont un coût, en temps, en énergie et en bisous.

Et Dieu Merci pour le monde libre (et la Reine), James Bond considère que ces coûts sont acceptables pour l'acquisition de ces informations.

Comme James Bond, nous sommes quotidiennement confrontés au coût de l'information.

Faut-il vraiment passer trois heures sur Internet le samedi pour connaître le prix d'une étagère Ikea d'occasion ?

Faut-il vraiment passer six heures pour comparer les clauses écrites en tout petit entre deux contrats d'assurance ?

Faut-il vraiment faire trois supermarchés pour comparer le prix au kilo des tomates sans goût ?

Mais contrairement à James Bond, nous choisissons parfois de ne pas effectuer cette dépense supplémentaire.
A juste titre... chaque décision pourrait potentiellement prendre un temps infini pour un gain faible.

James Bond peut donc aller se rhabiller avec son absence d'évaluation des coûts d'acquisition d'informations, ce gros malin serait du genre à passer 3 heures dans les embouteillages pour économiser trois euros sur le prix d'une chasse d'eau.

Nous pas.

Tweet
Mutant sanguinaire turbo-libéral Mutant sanguinaire turbo-libéral