Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Etage 2 : La nature

La « nature » de droit naturel ne fait pas référence à la nature, les petits zoizeaux, le shampoing à la camomille, la jungle ou l’herbe verte, mais à la nature de quelque chose.

« Nature : ensemble des caractères fondamentaux propres à un être ou une chose » comme dit si bien un gros livre un peu ennuyeux à lire de A à Z mais si pratique pour comprendre une langue.

La nature d’un pont est par exemple d’enjamber un obstacle.
La nature humaine est beaucoup plus compliquée à définir que la nature pontaine. Beaucoup d'ailleurs affirment, soit qu'elle n'existe tout simplement pas, soit qu'elle est totalement dominée par la culture.

A contrario, pour les défenseurs du droit naturel, par delà les cultures, les périodes historiques, les trajectoires personnelles, il existe un certain de nombre de choses communes à tous les êtres humains.

Il existe une nature humaine.

"Je veux parler de la loi particulière et de la loi commune. La loi particulière est celle que chaque collection d’hommes détermine par rapport à ses membres, et ces sortes de lois se divisent en loi non écrite et en loi écrite.
La loi commune est celle qui existe conformément à la nature. En effet, il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu’il n’y a aucune communication, ni convention mutuelle."

Aristote - Rhétorique

"Le sociologue qui observe les diverses sociétés, ne peut comme savant, attribuer de valeur aux valeurs; il ne peut donc hiérarchiser les sociétés, même s'il doit savoir observer et décrire de quelle manière chacune d'elles distribue ses propres valeurs et se rapporte à elles. Il doit comprendre les valeurs de la société qu'il étudie, tout en s'abstenant scrupuleusement du moindre "jugement de valeur". Telle est, simplement résumée, la conception de Weber, aujourd'hui largement dominante dans les sciences sociales et humaines."

Pierre Manent - La cité de L'homme

Je suis sociologue, ma science est incapable de déterminer une hiérarchie de valeur, alors pourquoi tu me menaces, pour construire des institutions conformes à mes valeur, valeurs au sommet de la hiérarchie des valeurs, c'est incohérent mais pratique

L'idée d'une nature humaine n'est vraiment pas un truc cool à dire dans un congrès de sciences humaines.

Nier l'existence d'une nature humaine aujourd'hui est un critère pour prétendre à la rigueur scientifique en sciences humaines... Un critère ou une petite pudibonderie hypocrite ?
Les sociologues dans la lignée de Max Weber refusent en effet catégoriquement l'idée d'une nature humaine.
Tout est culturel. La raison permet simplement de présenter les différentes cultures et représentations, mais sans jamais se prononcer sur une quelconque conformité avec une fin, avec une nature humaine.

La raison n'a rien à dire entre une culture qui propose de crever les yeux des nourrissons et d'immoler leur mère et celle qui soigne les nourrissons et leur mère.
C'est juste un choix. Les sciences humaines, s'appuyant sur la raison, sont incapables d'affirmer que l'une est plus conforme à la nature humaine que l'autre. La sociologie peut éventuellement commenter l'adéquation des moyens mis en œuvre pour atteindre une fin (est-ce que cette culture permet effectivement de crever les yeux des nourrissons avec assez d'efficacité ?) mais en aucun cas d'en juger la conformité à un étalon mesure universel.

Ca c'est pour la théorie que certains sociologues tentent de suivre avec rigueur (tiens, pourquoi d'ailleurs ? la rigueur est-elle supérieure à l'absence de rigueur ?) Beaucoup d'autres pourtant ne restent pas longtemps dans la voie qu'ils se sont fixée. Bizarrement beaucoup de sociologues partagent fréquemment les mêmes opinions politiques et sont même souvent très virulents pour augmenter le périmètre de l'Etat de façon à construire une société se conformant à leurs opinions. De là à dire qu'ils font appel à leur vision de la nature humaine, vision qu'ils auraient placée au-dessus de celle des autres... Mais sans le dire ces gros timides.

La volonté de nier l'existence d'un étalon mesure connaissable par la raison pour juger de la justice d'une société ne serait donc pas qu'une position épistémologique elle-même contestable, mais une petite arme politique pour nier l'existence de toutes les autres visions d'une nature humaine tout en imposant discrètement la sienne ni vu, ni connu, pas vu, pas pris.

Qu'est ce qu'ils sont malins, ces sociologues ou en tout cas au moins le milieu culturel dans lequel ils baignent.

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Etage 2 : La nature pontaine

Le fait qu’il y a une nature pontaine ne signifie pas que tous les ponts la respectent.
Il peut y avoir des ponts « malades », un gros trou au milieu du tablier.
Il peut y avoir des ponts mal conçus : un pont dont le tablier vibre dangereusement au passage des véhicules.

Toujours est-il que le métier d’un ingénieur consiste à corriger le pont pour que celui-ci soit conforme à sa nature de pont. Le fait que des ponts s’éloignent de leur nature n’est en aucun cas la preuve que la nature pontaine n’existe pas.

De même la nature d’un poumon est de collecter l’oxygène de l’air pour le donner à l'organisme.
Mais certains poumons sont mal formés, d’autres sont atteints d’un cancer. Le métier de pneumologue est de faire en sorte que les poumons se conforment à leur nature pulmonaire. Là encore le fait que certains poumons s'éloignent de leur nature pulmonaire ne remet pas en cause l'existence d'une nature pulmonaire. Le fait que nous ne connaissions pas tout de la nature pulmonaire ne remet pas en cause son existence.

Et s’il n’y avait pas de nature pontaine comme de nature pulmonaire, on voit mal comment un ingénieur ou un médecin pourraient exercer leur métier. Qu'est ce qu'ils guériraient ou répareraient s’ils n’avaient pas un modèle idéal vers lequel faire tendre le poumon ou le pont ?

De même, le fait que des hommes s'éloignent de la nature humaine n'est en rien un signe d'absence d'une nature humaine.

"C’est d’ailleurs un des attributs les plus remarquables du Droit naturel : le fait qu’il s’applique à tous les hommes, sans égard au temps ni au lieu. C’est cela qui place le Droit naturel au même rang que les lois naturelles de la physique ou de la “science”. Or la société de liberté est la seule et unique société où il est possible d’appliquer les mêmes règles fondamentales à chacune des personnes, où qu’elle se trouve et quel que soit l’instant. C’est précisément un des critères qui fournissent à la raison le moyen de choisir entre des théories concurrentes de la loi naturelle ; tout comme il lui permet de choisir entre plusieurs théories en économie ou dans d’autres disciplines.

../.... De même, si quelqu’un prétend que chaque homme aurait un Droit naturel à trois bons repas par jour, il est d’une évidence criante que nous avons là une fausse théorie de la loi ou des Droits naturels, car il existe une infinité de circonstances et d’endroits où il est matériellement impossible de fournir trois bons repas par jour à l’ensemble de la population et même à une majorité de ses membres : on ne peut donc pas le présenter comme un “Droit naturel” à quelque titre que ce soit."

Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté

un homme fusée : grace à mes fussées d'historisisme, je peux voir les grandes lignes de l'histoire, les rase-paquerettes de libéraux ne vont rien comprendre, tiens le communisme est l'avenir du genre humain

L'historicisme c'est l'histoire de l'arroseur arrosé. Les réactionnaires veulent arroser les révolutionnaires et leur étalon mesure des institutions justes, étalon mesure qui provoque des révolutions ou des frustrations. Il n'existe pas de droit naturel et universel, mais des droits particuliers et historiques : ceux des britanniques, des Français ou des Espagnols. Ce tuyau d'arrosage va se retourner méchamment contre les réactionnaires puisqu'il va devenir l'une des briques du marxisme.

Pour connaître ces droits particuliers, il faut donc sonder l'âme des peuples (ou des classes sociales avec Marx), et leur histoire. De là on peut en déduire des normes objectives pour chaque peuple, chaque classe sociale.

Hélas, tirer des normes universelles de l'histoire est encore plus compliqué que lire l'avenir dans le marc de café. Quel désordre ! Des gens parfois salauds ou parfois sages qui l'emportent sur des gens parfois intelligents ou bêtes ou le contraire, ou l'inverse, ou ni l'un ni l'autre, le tout de manière imprévisible et fluctuante.

Bon... Tout ça parait un peu léger pour en déduire des normes, mêmes particulières. Et en déduire l'avenir. Cette difficulté n'arrêtera pas les perspicaces voyantes de l'histoire -marxistes en particulier- qui voient tout, comprennent tout, résolvent tout grâce aux lignes de la main des nations, des techniques ou des classes sociales.
D'autant que l'historicisme n'a pas vraiment d'adversaire. Juste des pensées même pas conscientes d'être le fruit de l'histoire.
Ben oui, toute pensée est historique. C'est-à-dire qu'elle ne peut exprimer qu'une vérité "particulière" dépendant de la période historique dont elle émerge. Il n'y a pas de pensée universelle -donc en passant de droit naturel- juste une pensée de l'époque de Platon à Athènes, une pensée de Thomas d'Aquin au Moyen Age etc..

Cela pose bien sûr un petit problème théorique. Si toute pensée est historique, alors la pensée qui dit que tout pensée est historique est elle aussi historique. Donc elle ne sera pas valable à d'autres périodes de l'histoire... Il n'y a qu'à attendre quelques années pour retourner à la raison.

Ce petit problème théorique, commun -sous d'autres formes- à de nombreux scepticismes, n'a pas été résolu sauf avec des arguments très convainquants de l'ordre de "toute pensée est historique sauf celle-ci parce que cela m'arrange", habilement masqués par un jargon assez pompeux pour intimider tout récalcitrant.

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