Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Etape 3 : La propriété

Pour beaucoup de gens, la propriété est le vilain petit canard des droits naturels. Un truc un peu vulgaire et matérialiste par rapport à la liberté. Et surtout quelque chose d'acquis au dépens des autres.

En réalité, la propriété est un magnifique cygne conspué justement parce qu'il est le socle incontournable de la liberté.

On ne peut pas être libre si l'on vous confisque les ressources que vous avez obtenues par votre travail ou vos échanges. On ne peut pas être libre si l'on est obligé de quémander à l'Etat ou à ceux qui le dirigent l'usage de ses propres ressources en échange de la soumission ou de l'obéissance.

On ne peut pas mener à bien ses projets si ce que l'on possède est confisqué par l'Etat pour que ce dernier mène à bien ses propres projets (ou plus exactement, les projets des lobbies qui le contrôlent).

Et fait, après la privation pure et simple de liberté, épuiser, affamer les opposants en les privant de l'usage de leur propriété est l'arme discrète et implacable dont usent beaucoup de régimes dictatoriaux.

Le droit à la propriété n'est pas un gadget de bourgeois matérialiste, c'est la condition pour être libre.

Les fondements de la propriété légitime sont le travail, l'échange libre ou le don.

"J'affirme que les misères et les iniquités dont l'humanité n'a cessé de souffrir ne viennent point de la propriété ; j'affirme qu'elles viennent d'infractions particulières ou générales, temporaires ou permanentes, légales ou illégales, commises au principe de la propriété. J'affirme que si la propriété avait été, dès l'origine du monde, religieusement respectée, l'humanité aurait constamment joui du maximum de bien-être que comportait, à chaque époque, l'état d'avancement des arts et des sciences, comme aussi d'une entière justice."

Gustave de Molinari - Soirées de la gare Saint Lazare Gustave de Molinari

"Dans la société libre que nous venons de décrire, par conséquent, toute propriété est finalement réductible à la propriété naturelle de chaque homme sur soi-même et sur les ressources naturelles qu’il a transformées pour les faire entrer dans le domaine des choses produites. Ce que nous appelons le marché libre est une société de producteurs spécialisés qui échangent entre eux des titres de propriété d’une manière qui est volontaire et par conséquent avantageuse pour chacun."

Murray Rothard - L'Ethique de la liberté

"Un homme qui se nourrit de glands qu'il ramasse sous un chêne, ou de pommes qu'il cueille sur des arbres, dans un bois, se les approprie certainement par-là. On ne saurait contester que ce dont il se nourrit, en cette occasion, ne lui appartienne légitimement. je demande donc : Quand est-ce que ces choses qu'il mange commencent à lui appartenir en propre? Lorsqu'il les digère, ou lorsqu'il les mange, ou lorsqu'il les cuit, ou lorsqu'il les porte chez lui, ou lorsqu'il les cueille ? Il est visible qu'il n'y a rien qui puisse les rendre siennes, que le soin et la peine qu'il prend de les cueillir et de les amasser. Son travail distingue et sépare alors ces fruits des autres biens qui sont communs; il y ajoute quelque chose de plus que la nature, la mère commune de tous, n'y a mis; et, par ce moyen, ils deviennent son bien particulier."

John Locke - Traité de gouvernement civil

chez un industriel malhonnête : J'ai bati ma fortune en forçant des échanges via le clientélisme, la corruption, le protectionnisme et les réglementations. Ce n'est pas conforme au droit naturel et c'est nocif pour la société mais les étatistes me respectent parce que je dépends de leur bon vouloir.

Murray Newton Rothbard (1926-1995) est explorateur des frontières lointaines du libéralisme. D’ailleurs à force d’explorer, il s’est allègrement retrouvé dans les territoires sauvages et vierges du libertarianisme.

Economiste brillant et disciple de Ludwig Von Mises, il a beaucoup contribué à la diffusion des thèses de l’Ecole autrichienne d’économie à travers différents ouvrages dont le monumental « Man, Economy and State » dont la lecture devrait être obligatoire pour tous les étudiants en économie (et pour leur profs... s'ils peuvent encore comprendre quelque chose à l'économie).

A côté de son travail en économie, il s’intéresse aussi à la théorie du droit naturel, prolongeant (radicalisant) la thèse de John Locke.

Il part ainsi d’un axiome de non-aggression : « Personne ne peut envahir la propriété ou le corps de l’autre sans son consentement» qu’il applique systématiquement pour retrouver tout un droit naturel assez proche de celui des libéraux classiques (liberté d’expression, droit à la propriété, sécurité etc...).

Mais il s’en écarte sur deux points : il considère que l’existence même de l’Etat entraine une violation du droit naturel (prélever des impôts, avoir un espace public, lever des armées etc..). Ce dernier non seulement n'est pas indispensable pour la protection des droits naturels des individus, mais est au contraire une source permanente d’injustice.

D’autre part sa définition d’agression se limitant à une agression physique, le chantage ou la diffamation ne sont pas illégaux dans le système rothbardien. Et rien ne justifie une agression physique contre quelqu’un qui refuse d’échanger. Le légitime propriétaire d’un oasis au milieu d’un désert n’est donc en rien tenu de vendre ou de donner de l’eau à l’assoiffé de passage. Y’a que les tièdes et les mous qui mettent des exceptions à des principes sains.

L’absence totale de l’Etat et une définition limitée de l’agression mettent Rothbard en périphérie de la pensée libérale –il se définit d’ailleurs non comme libéral, mais comme libertarien- tout en le rendant incontournable par la pertinence de ses questions –ou de ses réponses- sur les théories libérales moins radicales que sa propre théorie.

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Etape 3 : La propriété et les faibles

La défense du droit à la propriété n'est pas un truc de puissant.

Les puissants n'ont jamais eu de problème pour défendre leur propriété.
Du Soudan pendant la guerre civile au seigneur du Moyen Age, ceux qui usent de la violence n'ont aucun problème pour disposer et jouir de leur propriété.
Ils la défendent eux-mêmes avec beaucoup d'efficacité -et volent d'ailleurs aussi parfois celle des autres-.

Après une nuit d'émeute, ce n'est jamais la Audi avec des vitres fumées que l'on retrouve calcinée dans sur le parking d'une cité. C'est la clio d'occasion. Les puissants protègent toujours très bien leur propriété.

La défense du droit de propriété est une nécessité pour les plus pauvres ou les plus faibles.

Les plus pauvres n'ont pas besoin qu'on viole le droit à la propriété en leur nom, leur force de travail est suffisante pour les sortir de la pauvreté. Ils ont besoin qu'on protège leur droit à la propriété contre les puissants violents et contre la rapacité des étatistes qui prétendent parler en leur nom mais qui ne font qu'étendre une bureaucratie gourmande.

"Aux pays sous-développés les conservateurs américains prêchent surtout la vertu de l’investissement étranger privé et la nécessité d’un climat sans risque politique pour accueillir les investissements des pays avancés. On ne saurait mieux dire, mais cela prend souvent des airs d’irréalité pour les peuples sous-développés parce que les conservateurs s’entêtent à ne pas faire la distinction entre l’investissement étranger légitime qui provient du marché libre et l’investissement assis sur des privilèges de monopole et d’immenses concessions foncières attribués dans ces pays par les hommes des Etats.
Dans la mesure où l’investissement étranger se fonde sur le monopole des terres et l’agression contre la paysannerie, les capitalistes étrangers font figure de seigneurs féodaux, et méritent bien d’être traités comme tels."

Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté

"J'affirme que les misères et les iniquités dont l'humanité n'a cessé de souffrir ne viennent point de la propriété ; j'affirme qu'elles viennent d'infractions particulières ou générales, temporaires ou permanentes, légales ou illégales, commises au principe de la propriété. J'affirme que si la propriété avait été, dès l'origine du monde, religieusement respectée, l'humanité aurait constamment joui du maximum de bien-être que comportait, à chaque époque, l'état d'avancement des arts et des sciences, comme aussi d'une entière justice."

Gustave de Molinari - Les soirées de la gare Saint Lazare

Chez un industriel honnête : J'ai bâti ma fortune en réfléchissant à ce que les gens voulaient et en échangeant librement avec eux. C'est conforme au droit naturel et c'est utile pour la société mais les étatistes pourtant me détestent parce que je me passe d'eux.

Même si ce détail est pudiquement oublié, de très nombreuses jacqueries ont eu comme point de départ la violation du droit naturel de propriété. Une pression fiscale sur les serfs par les étatistes de l’époque, les seigneurs, les maîtres, les dictateurs.

Aïe le peuple qui se rebelle non pour exiger que l’Etat Nounou change ses couches mais pour qu'il cesse de violer son droit naturel à la propriété. Cela ne cadre pas avec l’image d’épinal socialiste.

Robin des Bois himself n’est-il pas le héros libéral par excellence ? Le conseil régional de Sheerwood dilapide l’argent public au point que l’apparatchik local, le prince Jean, augmente la pression fiscale à un niveau insupportable sur les gentils contribuables paysans.
Une violation intolérable du droit à la propriété.
Heureusement un héros libéral, seul face au vent, se lève contre le chacal étatiste. Il reprend l'argent à l’Etat mammouth pour le redonner aux contribuables.

Imaginez la pression de propagande étatiste pour que cet hymne magnifique au droit à la propriété et au libéralisme soient transformés en lutte des classes marxiste... Il est temps de laver le nom de Robin des Bois : il n'était pas socialiste, mais ultra libéral anglo-saxon !

Le respect du droit naturel de propriété n’est pas la cause de la pauvreté, c’est le contraire. C’est sa violation permanente, constante à travers les époques et les lieux qui en est responsable.

Et les deux derniers siècles n’ont rien arrangé. Grâce à la technique, grâce au socialisme, les Etats n’ont jamais été capables de violer avec une telle efficacité les droits de propriété de chaque individu.

Pour un monde plus juste, plus prospère, ensemble, défendons une vraie cause humanitaire, la seule qui peut vraiment faire changer le monde : le respect du droit naturel de propriété. Pour tous. Partout...

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