Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

La monnaie marchandise

Pour les libéraux de l'école autrichienne, la monnaie n'est pas un signe mais une marchandise de même nature que les autres biens (savonnette, Cognac, chaussures).
Qu'elle soit sous la forme de pièce d'or -ou d'un autre métal- ou de billets certifiant de la présence d'une certaine quantité d'or dans le coffre d'une banque, la nature de la monnaie saine n'est pas différente des autres biens.

C'est-à-dire qu'elle peut être analysée économiquement avec les mêmes outils conceptuels que les autres biens (offre, demande, unité marginale, subjectivité). Il n'est pas nécessaire de développer de nouvelles théories holistes pour en comprendre l'influence.

C'est-à-dire qu'elle doit obéir aux mêmes règles de droit que les autres biens : elle ne peut pas être prêtée à deux personnes à la fois en même temps, elle ne peut pas être créée ex-nihilo; les contrats impliquant sa livraison immédiatement sur demande doivent être respectés sous peine de sanctions et nul ne doit être obligé de l'accepter dans une transaction.

C'est-à-dire que pas plus que les autres biens, elle n'a besoin de planification, de dirigisme ou d'expert en futurologie s'interrogeant gravement sur sa quantité optimale selon les besoins mal estimés de la société.

La spécificité de la monnaie est d'être une marchandise d'abord désirée parce qu'elle peut être facilement échangeable. Cela n'en fait pas une entité extra-terrestre.
Malheureusement les Etats et les banquiers ont tout de même expédié la monnaie vers un trou noir. Et nous avec.

"Les funestes erreurs charriées par les idées populaires sur la monnaie, et qui ont fait se fourvoyer les politiques monétaires d'à peu près tous les gouvernements, auraient difficilement pu se produire si beaucoup d'économistes n'avaient eux-mêmes commis de grosses méprises en traitant des problèmes monétaires, et ne s'y cramponnaient obstinément."

Ludwing Von Mises - Action Humaine

"/.. nous avons découvert une vérité très importante : la monnaie est une marchandise. Apprendre cette leçon simple est l’une des tâches les plus importantes qui soient. Bien souvent, on parle de la monnaie comme si c’était plus que cela – ou moins. Mais la monnaie n’est pas une unité de compte abstraite, différente d’un bien ; ni un jeton inutile qui ne servirait qu’aux échanges ; ce n’est pas une « créance sur la société » ; ni une garantie ou un niveau de prix stable. C’est une simple marchandise. Elle diffère des autres biens parce qu’elle est recherchée principalement pour son rôle de moyen d’échange. Mais, sinon, c’est une marchandise – et, comme toutes les marchandises, il en existe un certain stock, elle est demandée par des gens désirant l’acheter, la conserver etc."

Murray Rothbard - Etat, qu'as tu fait de notre monnaie ?

Bande dessinée- Torpedo- monnaie de singe

L'une des lignes de fracture de beaucoup de débats sur la monnaie se situe entre les nominalistes et les réalistes.

Pour les nominalistes, la monnaie est avant tout un signe. Un signe qui inspire assez confiance pour être accepté en échange de biens ou de services.

Aujourd'hui la monnaie signe est très appréciée : -d'une part par certains sociologues parce que un signe est une convention sociale, et une convention sociale c'est un truc de sociologues pas d'économistes qui ne comprennent rien à la société
-d'autre part par les étatistes parce que si la monnaie c'est un signe créé par l'Etat on peut le changer en fonction de l'intérêt général ou en tous cas pour favoriser ses clientèles électorales ce qui est déjà très bien.

Pour les réalistes (Turgot, Cantillon, les partisans de l'Etalon-or, l'école autrichienne) la monnaie est une marchandise (presque) comme une autre.

Du temps des pièces en métal, un signe permettait à l'Etatiste du moment -un roi ou un empereur- de flatter son égo en mettant son profil. Pour le public il permettait de connaitre la présence d'une quantité de métaux précieux dans la pièce. La valeur de la pièce venait donc bien de la qualité de la marchandise dont elle était faite.

De même les premiers billets étaient là pour certifier de la présence d'une certaine quantité d'or dans un coffre. Dès qu'il l'a pu, l'Etat s'est dépêché de voler l'or des coffres tout en continuant d'imprimer des billets.
Cette petite pratique n'aurait pas eu beaucoup d'avenir chez les personnes libres. Ils auraient refusé d'utiliser cette monnaie de singe, pardon cette monnaie-signe.

L'Etat a donc imposé un monopole sur sa monnaie-signe et l'a rendue obligatoire comme moyen d'échange. (Vous ne pouvez pas signer des contrats en d'autres monnaies que la monnaie officielle.)

C'est d'ailleurs un peu l'angle mort des nominalistes, si la monnaie est un signe, une convention sociale parmi d'autres, le symbole irrésistiblement accepté de la toute puissance de l'Etat, pourquoi faut-il que ce dernier soit obligé d'imposer l'usage de ses billets (monopole d'émission, obligation d'utiliser la monnaie officielle dans les contrats.) ?

Vous pouvez faire l'essai vous-même. Avec un pièce en or datant de 150 ans, vous pouvez aller à New York ou à Rio, à Moscou ou à Beijing, dans des boutiques où personne ne parle votre langue, vous trouverez tout de même quelqu'un qui acceptera librement de vous l'échanger contre des biens ou des services. Essayez de faire la même chose avec un billet de 100 francs vieux de 10 ans, maintenant que l'Etat Français ne force pas 60 millions de citoyens à l'accepter comme moyen de paiement, vous risquez d'être déçu...

Un signe qui a besoin d'un fusil ou d'une matraque bien réelle pour être acceptée… et les Etatistes comme les sociologues qui oublient pudiquement ce détail pour gloser sur la puissance des signes immatériels de l'Etat ou les conventions sociales à l'origine de la monnaie signe.

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Le troc

L'échange libre, qu'il soit culturel, sentimental, économique ou divers est donc une bonne chose pour les personnes libres.

Cela étant, autant les échanges amoureux se pratiquent (en général) deux par deux, autant les échanges commerciaux se pratiquent (en général) en groupe.

Et là ça pose un problème. Le troc, la forme la plus spontané de l'échange, c'est compliqué en groupe.

En effet, je suis cordonnier, j'ai besoin de pain mais malheureusement, le boulanger n'a pas besoin de mes chaussures.

Par contre il a besoin de vin alors que le viticulteur a besoin de chaussures.
Bien sûr le boulanger peut d'abord échanger son pain contre mes chaussures, puis immédiatement ré échanger les chaussures contre du vin.

C'est faisable, mais ça devient vite compliqué.

Imaginez le nombre d'échanges qu'il faudrait pour acheter une voiture ou une maison (et les trucs à stocker dans votre garage..)

Heureusement nos ancêtres ont inventé un truc très utile sans jamais avoir lu un traité de politique économique : la monnaie.

"..Alors imaginez un professeur d’économie qui cherche un éleveur de volaille prêt à lui vendre des oeufs contre quelques leçons d’économie ! Sous un régime d'échanges directs, il est clair qu’aucune économie civilisée n’est possible.
Mais, par une suite d'essais et d'erreurs, l'homme a découvert le mécanisme qui permet une véritable expansion de l’économie : l’échange indirect. Dans un échange indirect, vous vendez votre produit, non pas contre un bien dont vous avez besoin immédiatement, mais contre un autre bien que vous vendrez, plus tard, contre celui dont vous avez envie. À première vue, il semble qu’un tel détour complique les choses. Pourtant, seule cette opération extraordinaire permet le développement de la civilisation."

Murray Rothbard - "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"

pièce de Crésus

pièce de Crésus

Toute marchandise acceptée non pour son usage propre mais parce qu'elle peut être acceptée facilement contre d'autres marchandises est une forme de monnaie.
Dès que les hommes ont compris que la division du travail permettait d'augmenter la prospérité, des monnaies sont apparues.

Dans l'antiquité, c'était souvent du bétail (pecus en latin qui a donné plus tard pécuniaire.)

Mais c'est en Lydie, Asie Mineure, entre -500 et -600 que deux monarques ont fait une invention pleine d'avenir:

Des petits disques fins en métal, gravés avec des symboles attestant de leur poids et de leur composition.

Alyattès (610-560 av. J.-C.) et Crésus (560-546 av. J.-C.) ont inventé et développé la pièce de monnaie qui continue d'alourdir nos poches 2508 ans après sa création. (A l'époque, elles étaient en alliage à base d'or. Or assez abondant au royaume de Crésus qui était traversé par un fleuve aux berges aurifères. Ce fleuve s'appelait le "Pactole")

Injustice de l'histoire, des deux monarques, un seul est passé à la postérité.

Mais bon, on ne va pas non plus pleurer sur le sort de l'oublié. Même s'il n'est pas célèbre pour une invention dont il est le co-auteur, Alyattès n'est pas pour autant à plaindre : il était riche comme Crésus.
Ca console.

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