Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Etage 1 : La raison, une illusion ?

Avant même de savoir s'il existe une nature humaine et quels sont les droits qui permettent de la respecter, il faut d’abord être convaincu que la raison est un instrument assez fiable pour la connaître... Après tout, si une nature humaine existe mais qu’on ne peut pas la connaître, cela ne sert à rien de se tracasser…

Et il se trouve que tout le monde n’est pas convaincu que la raison permette de connaître quoi que ce soit. En particulier quelque chose sur la nature humaine.

Il y a les douteurs de la raison niveau 1. Kant. Nous sommes coupés à jamais de la réalité par nos sens ou les catégories de notre esprit. La raison permet toutefois de s’assurer de la cohérence interne de nos raisonnements.

Les douteurs de la raison niveau 2 : Hume et dans sa foulée la sociologie. La raison est l’esclave de nos passions. Elle peut éventuellement nous permettre de déterminer le meilleur moyen d’arriver à nos fins (par exemple comment respecter la loi naturelle une fois que nos passions se sont fixées sur une loi naturelle), mais elle est incapable de déterminer nos « meilleures » fins (la loi naturelle). Seules nos passions, nos sentiments les déterminent.

Les douteurs de la raison niveau 3 : Marxisme, Historicisme. La raison n’est pas même l’esclave de nos passions, parce que nous n’avons pas nos propres passions, mais les passions de notre culture, de notre période historique, de notre classe sociale dont nous sommes prisonniers.

Les douteurs de la raison niveau 4 : Postmodernisme : C’est une prétention de croire que l’homme peut raisonner, il se contente d’asséner des propositions sans queue ni tête, même en logique formelle.

"Disons plus généralement qu'il ne peut y avoir de droit naturel si la pensée humaine est incapable d'acquérir dans un domaine limité de sujets spécifiques une connaissance authentique et universellement valable."

Leo Strauss - Droit naturel et histoire

dans un sous-marin, profondeur du septicisme, découverte ultime du post modernisme, frontiéres lointaines du relativisme, sauf pour l'étatisme et le collectivisme, oui, le doute doit toujours profiter à l'étatisme et au collectivisme

Emmanuel Kant est rationnel, intelligent et croyant. Avocat des Lumières et la modernité il va paradoxalement ouvrir les portes du postmodernisme. Il pousse la critique de la raison plus loin que tous les sceptiques avant lui.

Les sceptiques avant lui avaient un discours qui ressemblait à ça : la raison a desgros défaut, elle n’est sans doute pas capable de connaître la réalité. Lui, le premier dira : la raison n’est en aucun cas, et dans aucune circonstance capable de connaître la réalité. Elle peut simplement s’assurer de la cohérence de nos propres pensées… pensées coupées définitivement et à jamais d’une réalité extérieure objective et universelle.
Pas de réalité objective et universelle, donc pas de droit naturel basé sur l'observation de la nature.

Kant explique en effet que notre esprit n’est pas une page blanche sur laquelle la réalité vient se projeter, mais au contraire un milieu façonné par la structure de notre esprit recevant de surcroît des informations déformées par nos sens.

Tout ceci arrange finalement bien Kant, le croyant : si la raison ne peut pas connaître la réalité, Dieu peut parfaitement se glisser dans cette réalité fermée à la raison.
Certes, mais pourquoi faudrait-il que notre esprit soit un écran blanc pour connaître la réalité ? Après tout, les physiciens connaissent leurs instruments, y compris les distorsions. Et on peut « redresser » les mesures pour tenir compte de ces déformations...

Cela étant, si Kant s'oppose aux fondements du droit naturel dans l'observation de la nature, il initie la tentative de le fonder sur des principes à priori, c'est-à-dire sur des axiomes irréfutables, tentative reprise trois cents ans plus tard par Nozick.

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Etage 1 : Connaissance et Raison

La raison est-elle une fonction cognitive efficace pour guider nos actions ou pas ?

La raison est-elle capable de fonctionner de manière autonome par rapport à la culture, la classe sociale, l'identité sexuelle, etc.. pour atteindre des vérités universelles ?

Les partisans du droit naturel répondent oui à ces deux questions.

Attention, il ne s'agit pas d'un culte déraisonnable à la raison ne laissant aucune place à l'émotion, aux sentiments ou à la foi : un scientisme délirant. Il s'agit d'affirmer que sur des périmètres donnés de la connaissance, la raison est un outil irremplaçable, efficace et prépondérant.

La connaissance doit-elle se baser sur l'expérience, sur l'observation de la nature -au risque d'être troublée par nos sens- ou sur la logique pure -au risque d'être inopérante dans la monde réel- ?

Cette dernière question, dépassant largement le cadre de la philosophie politique, divise aussi les partisans du droit naturel entre ceux qui fondent le droit naturel sur l'observation de la nature de l'homme (Locke, Rothbard) et ceux qui le fondent sur des axiomes irréfutables (par exemple : pour argumenter, il faut être un individu doté du langage) (Kant, Nozick).

"La raison seule ne suffit donc pas à l'homme pour se conduire; il faut qu'il acquière par sa raison les connaissances qui lui sont nécessaires, et que par sa raison il se serve de ces connaissances pour se conduire dignement, et pour se procurer les biens dont il a besoin.
L'ignorance est l'attribut primitif de l'homme brut et isolé; dans la société elle est la plus funeste infirmité des hommes; elle y est même un crime, parce que les hommes étant doués d'intelligence doivent s'élever à un ordre supérieur à l'état de brutes; elle y est un crime énorme par son délit, car l'ignorance est la cause la plus générale des malheurs du genre humain et de son indignité envers l'Auteur de la nature, envers la lumière éternelle, la suprême raison et la cause première de tout bien."

François Quesnay – Le Droit Naturel

"La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie."

Ayn Rand - Qu'est ce que l'objectivisme ?

un marin : au début j'était kierkegaardien, puis je suis devenu nietzcheen, avant d'être schopenhauerien. mais je suis revenu à la raison. La raison, il n'y a que ca de vrai. La raison et le rhum.

Après Kant et Hegel, une deuxième vague allemande s’attaque à la raison.
Kant pensait que la raison était incapable de connaître la réalité. La nouvelle vague en rajoute une couche : non seulement on ne peut pas la connaître, mais, eux savent tout de même qu’elle est absurde, chaotique.

La raison, c’est un truc pour les faibles qui ont peur de voir cette réalité en face.
Ces tapettes des Lumières et leur petite raison dérisoire ont en plus réussi à castrer l’Homme de ce qui lui permettait de naviguer dans cet océan de non-sens.

La foi pour Kierkegaard pour qui il faut crucifier la raison. Fermer sa pensée et obéir à Dieu... Abraham accepte de sacrifier son fils à Dieu, c’est le sommet du courage. Obéir à une décision absurde, oui, mais qui vient du Dieu… voilà le salut.

La non-existence pour Schopenhauer. La seule de chose de vraie devant tout ce désordre, c’est que la non-existence est préférable à l’existence, nous explique ce dernier qui décide tout de même d’exister et en plus de se donner la peine d’écrire des livres. En raisonnant de surcroît. C’est pas grave, si tout est absurde, pourquoi faudrait-il que Schopenhauer soit le seul cohérent ? Ca ferait tache.

L’instinct pour Nietzche. Nietzche lui aussi n’aime pas du tout la foi et la raison. Il raisonne donc longuement pour nous expliquer que celle-ci a castré l’homme de son énergie vitale. Au lieu de chercher bêtement des liens de cause à effet, le Surhomme doit suivre son élan vital, son instinct, sans chercher à se mentir sur l’absurdité du monde ou à bâtir des constructions intellectuelles fantaisistes pour avoir moins peur. Ce discours viril plaît beaucoup aux ados rebelles lorsqu'ils décrochent de leur dernière partie de FPS.

Pour les partisans du Droit naturel fondé sur la raison, ces épais ouvrages ne remettent finalement pas tellement en cause le socle sur lequel est bâti le Droit naturel. Il est dans la nature de l’Homme de vivre, d’être libre et de raisonner, ce que font d’ailleurs copieusement Schopenhauer et Nietzche.
Mais bon ces petites remarques mesquines rabaissent l’exécution définitive et tonitruante de la raison en simple mal de mer incontrôlable sur l’océan des inconnus.

Mal de mer, le surhomme ? Fait gaffe à ta gueule à la sortie !
Le mal de mer va hélas se propager sur le plan théorique au XX ème siècle jusqu’à dominer totalement une large partie des sciences humaines et politiques avant de passer aux travaux pratiques avec effectivement une hostilité marquée pour la vie, la liberté et la raison.

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